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Merlusse

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Ils ont peur de moi c'est vrai. Ils ont peur, parce que je leur fais peur. Et je leur fais peur parce que j'ai peur d'eux. Oui. Lorsque j'étais élève moi-même, dans un collège de province, j'ai eu en troisième un professeur de lettres qui était un érudit, d'une grande intelligence et d'une grande bonté. Il nous traitait comme des gens raisonnables. Au bout de huit jours, sa classe était aussi bruyante qu'une foire, et les élèves répondaient à ses questions par des plaisanteries stupides. Puis les boules puantes ont fait leur apparition. Un jour que nous avions bouché le tuyau du poêle, il continuait d'une voix blanche son exposé sur la Phèdre de Racine comparée à celle de Pradon, à travers un nuage de fumée, et d'une suffocante odeur d'œufs pourris. J'étais au premier rang, j'ai vu briller des larmes dans ses yeux... Et tout à coup ils ont commencé à le bombarder de boules de papier... Il s'est levé, il a pris la fuite, sous les huées. Nous ne l'avons jamais revu... C'est ce jour-là que j'ai compris. Il ne faut pas les laisser commencer. Il faut se faire une réputation de sévérité impitoyable et soutenir son personnage, car ils profitent de la moindre faiblesse...

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Merlusse, Marcel Pagnol

Język
Rok wydania
1990
Oprawa
(miękka)
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Tytuł
Merlusse
Język
francuski
Rok wydania
1990
Oprawa
miękka
Liczba stron
152
ISBN10
2877060667
ISBN13
9782877060660
Seria
Tagi
Ocena
4 z 5
Opis
Ils ont peur de moi c'est vrai. Ils ont peur, parce que je leur fais peur. Et je leur fais peur parce que j'ai peur d'eux. Oui. Lorsque j'étais élève moi-même, dans un collège de province, j'ai eu en troisième un professeur de lettres qui était un érudit, d'une grande intelligence et d'une grande bonté. Il nous traitait comme des gens raisonnables. Au bout de huit jours, sa classe était aussi bruyante qu'une foire, et les élèves répondaient à ses questions par des plaisanteries stupides. Puis les boules puantes ont fait leur apparition. Un jour que nous avions bouché le tuyau du poêle, il continuait d'une voix blanche son exposé sur la Phèdre de Racine comparée à celle de Pradon, à travers un nuage de fumée, et d'une suffocante odeur d'œufs pourris. J'étais au premier rang, j'ai vu briller des larmes dans ses yeux... Et tout à coup ils ont commencé à le bombarder de boules de papier... Il s'est levé, il a pris la fuite, sous les huées. Nous ne l'avons jamais revu... C'est ce jour-là que j'ai compris. Il ne faut pas les laisser commencer. Il faut se faire une réputation de sévérité impitoyable et soutenir son personnage, car ils profitent de la moindre faiblesse...